Spirit, Etalon des plaines (Spirit, Stallion of the Cimaron), dessin animé de Kelly Asbury (DreamWorks), 2002

Né dans les plaines sauvages, un mustang est capturé par des hommes, tuniques bleus, amérindiens ou WASPs, qui tentent de le dompter chacun à leur manière. Ses escapades et ses voyages nous emmènent faire un tour des Etats-Unis.

Spirit, Etalon des plaines
Un film bien sous tous rapports.

L’effet 3D a un peu vieilli, mais pas trop. Je trouve que le dessin manque de spectaculaire, mais je reviendrai dessus tout-à-l’heure, car c’est sans doute moins une question de goûts visuels que de cohérence narrative. Globalement, c’est un beau dessin animé, même si les chevaux enflent ou rétrécissent parfois selon les plans.

Les chansons sont importantes mais pas prépondérantes, et appuient le récit au lieu de l’interrompre. J’ai énormément apprécié le fait que les chevaux, personnages principaux de cette histoire, ne parlent pas -mis à part la voix off de Spirit qui commente parfois les scènes. En effet, au lieu des dialogues creux et peu convaincants qu’on nous sert d’habitude pour habiller l’image, on a le droit à tout un discours transmis par le biais du langage corporel (là je fronce les sourcils en pensant à ceux rajoutés aux chevaux). Le dialogue est donc parfaitement communiqué, mais pas bêtifiant, ce qui fait du bien aux neurones.

L’intrigue est plus fournie que d’habitude dans un film pour enfants : [SPOILERS] la première partie campe le personnage principal, la seconde nous le montre prisonnier des tuniques bleus, puis des amérindiens, et enfin libre de s’échapper. Mais là où la plupart des films s’interrompent par une fin heureuse, celui-ci rajoute un chapitre, emmenant Spirit je ne sais où dans les plaines, où il interrompt (momentanément nous dirait l’Histoire) l’avancée du chemin de fer. [/SPOILERS]

C’est ici que je reparle de cohérence. D’un côté, les visuels, les situations et le traitement du langage est plutôt réaliste. D’un autre, non. Je vais passer sur le fait que Spirit, en tant que meneur de sa troupe de juments, est techniquement plus que copain-copain avec sa mère et qu’il a sans doute dû botter le train à son père pour obtenir le poste. C’est un détail peu important de l’histoire. Mais par contre, des scènes comme le sauvetage d’un autre cheval de la noyade, ou la libération d’équidés lourdement harnachés contrastent fortement avec le réalisme auquel le début du film nous habitue. Personnellement, cela m’a fait sortir de l’histoire, et je suis persuadée qu’on aurait pu trouver quelque chose de plus cohérent avec le ton pris jusqu’alors -ou bien se montrer moins réaliste dès le départ.

Cela dit, cette histoire se démarque des scénarios hollywoodiens habituels. D’abord, parce qu’il parle des amérindiens, sans en faire des héros mais sans trop les stéréotyper non plus : ils sont plus proches de la nature que les WASPs, mais cela ne les empêche pas d’emprisonner Spirit, leur représentant est un joyeux drille mais ses amis sont prompt à la moquerie… D’autre part, si les tuniques bleues sont plutôt présentés comme des adversaires antipathiques, notamment par le biais de leur capitaine qui, n’acceptant pas la défaite face à Spirit, [SPOILER] décide de l’abattre [/SPOILER], ils sont humanisés à la fin, [SPOILER] puisque le capitaine lui-même finit par reconnaître la valeur de ses opposants. [/SPOILER]. C’est donc un film sans “méchants”, bien qu’il comporte des adversaires.

Finalement, Spirit, qui d’ailleurs ne reçoit ce nom qu’à la fin, est “l’Esprit qui ne peut être brisé”, l’incarnation même de la liberté. En effet, il libère systématiquement les chevaux qui ont été emprisonnés avec lui et, malgré des accès de désespoir, il trouve toujours la force de combattre à nouveau pour se libérer. C’est un message encourageant, car les moments de doute, que tout le monde éprouve, sont rarement montrés puis surmontés à l’écran, du moins pas en moins d’une minute. Or dans la vie, on se reprend rarement en moins d’une minute.

*

Un dessin animé intéressant dans son traitement, que je recommanderais aux enfants sans réserve.

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