L’Homme qui rit, roman de Victor Hugo, 1869

L’Homme qui rit est un ensemble de quatre livre. Dans le premier on découvre le philosophe saltimbanque Ursus, qui voyage avec son loup apprivoisé, ainsi qu’un jeune garçon abandonné et la petite fille qu’il recueille. Dans le second, on apprend le sort de ceux qui ont défiguré et abandonné l’enfant. Dans le troisième on retrouve Ursus et ses protégés, qui ont grandis ; la fillette aveugle et le garçon défiguré s’aiment, mais des bouleversements politiques autour d’eux viennent entraver leur bonheur. Enfin, on apprend la véritable origine de l’Homme qui rit, son essence dirons-nous, et on assiste à la conclusion tragique de son histoire.

L'Homme qui rit, Victor Hugo
Pépère Hugo et ses romans subtils… Nan, je rigole. Ca va mal finir, et c’est tout.

Hugo écrit bien. Ses phrases ont de la portance et de l’impact, ainsi qu’un puissant souffle poétique… qui s’emporte parfois à l’excès. Ce point de vue est personnel : je trouve qu’à force de vouloir faire du style et de nous offrir de puissantes images, Hugo contrecarre ces intentions en en faisant trop, ce qui rend souvent ses lignes confuses, voire ridicules. N’empêche qu’il écrit bien.

La structure narrative est indéniablement claire. Repérez les indices du texte, ce qui se fait sans problème, et vous saurez d’avance pratiquement tout ce qui va se passer. Cependant, il ne s’agit pas d’une narration chronologique ordinaire, puisqu’on suit certains personnages, puis d’autres, puis encore d’autres, jusqu’à ce que leurs histoires se rejoignent. La fin me semble cependant un peu rapide.

Le récit est empreint de symbolisme, chaque symbole étant clairement (trop clairement, peut-être) expliqué vers la fin du roman. Dans ce livre, tout est symbole, l’origine sociale, l’apparence physique, les lieux… L’Homme qui rit est “l’humanité” ou “le peuple” ; l’aveugle éthérée représente “le spirituel”, l’aristocrate sensuelle “la chair”, le matériel ; on rencontre également l’homme bestial (le saltimbanque Ursus) et la bête civilisée (le loup Homo), la justice, la misère, la philosophie humaine…

Les personnages sont donc des allégories. Cependant, ils agissent également comme des personnages humains, ce qui fausse un peu l’explication. Déa est aussi innocente et ignare qu’Esmeralda de Notre Dame ; Gwynplaine est le jeune premier classique des autres romans d’Hugo ; Ursus est le sauveur inespéré… On retrouve les stéréotypes hugoliens, heureusement un peu revisités. Je ne les porte pas dans mon coeur, mais c’est une question de goûts.

Hugo a eu la finesse d’admettre que la relation entre Déa et Gwynplaine était biaisée, voire co-dépendante : lui aime par défaut, puisqu’il est laid pense donc n’avoir aucune chance ailleurs, mais que de toutes façons il n’a pas a se plaindre puisqu’elle est belle ; elle l’aime parce qu’il lui a sauvé la vie. Cependant, Gwynplaine n’agit pas conformément à son état de “monstre” : habitué à être rejeté et méprisé de tous, il change du tout au tout lorsqu’on le place dans un autre rôle social, et agit avec assurance, colère ou démagogie. Il agit comme s’il ne voyait pas le “monstre” en lui, alors qu’Hugo a affirmé que c’était le cas.

Déa ne change pas, mais Déa ne sert à rien. Elle est inculte, car Ursus n’a pas voulu l’instruire, et belle. Elle représente l’esprit (beau,  mais ignare…). C’est tout. Josiane a reçut un meilleur traitement : sensuelle, symbolisant la chair et les désirs matériels, elle a ses propres motivations et veut aimer par choix, non par convention ou par un mariage qu’on lui impose. Elle est bien plus intéressante que Déa, et la raison pour laquelle je ne ronchonnerai pas sur le sexisme dans ce roman. On sent bien qu’Hugo se faisait plaisir en la décrivant à moitié nue, mais au moins il lui a donné du caractère, de la détermination, et un certain esprit de rébellion envers sa condition.

Gwynplaine est plat. Ce personnage, généreux, voire héroïque dans son enfance, traumatisé et défiguré plus tard, avait de quoi nourrir des générations de lecteur. En lieu de quoi, c’est un jeune homme ordinaire que l’on retrouve à l’adolescence, un peu rebelle, aimant mais souvent idiot, qui ne se distingue des autres que par la grimace qui lui tord le visage. Comme on le comprend à la fin du roman, il n’était pas prêt à assumer son état de symbole. Contrairement à David qui, personnage jumeaux de Gwynplaine, se montre prêt à affronter les préjugés et privilèges sociaux de manière plus convaincante, se révélant d’ailleurs plus intéressant que lui par le même coup.

Les personnages secondaires de la chair et de la jeune aristocratie attirent plus ma sympathie que l’esprit et le peuple ; je sens dans le vent comme une odeur de brûlé.

*

Un roman intéressant, à défaut d’être une très bonne lecture ; je ne le recommanderais pas en tant que divertissement mais à ceux qui, ayant le goût des lettres et de l’analyse, pourrait mieux l’apprécier. A mon sens, ce livre regorge de bonnes idées et d’images sublimes, mais laisse un goût d’inachevé. Je gage qu’il n’atteint pas la portée politique que Victor Hugo souhaitait lui donner et que, dans les films qui en ont été tirés, l’histoire se centre sur l’histoire d’amour, pourtant secondaire, entre un monstre et une aveugle… je vous confirmerai ça après les avoir vus !

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