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La Grossesse n'est pas une maladie, mais elle en a les symptômes

La grossesse n’est pas une maladie, mais elle en a tous les symptômes

J’ai toujours été intriguée par la grossesse, me demandant si c’était vraiment une expérience aussi unique qu’on le prétendait. Après avoir essayé, j’ai compris qu’en effet, et en dehors de ses symptômes, cela transforme profondément notre corps et notre personne.

Je ne pense pas qu’on puisse comprendre le monde de la même manière quand on a vécu une grossesse que sans l’avoir vécue. Je me demande même si les personnes guidant les sociétés humaines ne devraient pas être uniquement des mères, avec leur perspective unique sur la valeur de la vie.

Les trois premiers mois sont les plus difficiles

On vous le dira, et vous ne le croirez pas forcément… Mais le premier trimestre est le pire des trois. Et c’est aussi le plus ingrat, le trimestre des fausses couches et de la grossesse invisible, celui où vous pourriez ne plus être enceinte, mais l’êtes le plus sévèrement.

Les hormones s’installent, vous couchent littéralement de fatigue, vous donnent la nausée du matin au soir (dans mon cas), ou carrément la gerbe. Sans parler de ce qui sort de l’autre côté du tuyau… En somme, vous avez une grosse gastro, et personne ne compatit.

Ah, et puis… un trimestre, c’est approximatif. Personnellement, le mien s’est bien installé jusqu’à la fin du quatrième mois de grossesse.

Le poids des maux

Nous sommes sensées prendre environ un kilo par mois de grossesse, de neuf à douze en fonction de notre corpulence initiale. Il s’agit avant tout du poids du bébé, du placenta, du liquide amniotique et de tout ce qui va avec. Il me semble qu’on fait quelques réserves pour supporter l’accouchement en plus.

Personnellement, j’ai perdu dix kilos, et on m’a félicité pour ça. Alors, oui, j’étais en surpoids et, dans un autre contexte, perdre du poids aurait été une bonne chose pour ma santé. Mais là… c’était un indicateur évident de déclin physique, et j’aurais préféré ne rien entendre.

Douleurs et sautes d’humeur

On parle beaucoup des sautes d’humeur au cours d’une grossesse, en citant une cause hormonale. Et, il est vrai que les hormones en vrac ne sont pas d’une grande assistance. Mais je pense que c’est minimiser le malêtre général qui accompagne cette condition : neuf mois de sommeil médiocre, de métamorphose fulgurante, de douleurs chroniques…

Je vous ai dit qu’on produisait également une hormone, la relaxine, qui assouplissait notre corps pour le préparer à l’accouchement ? Essayez de flageoler des mois durant sur des hanches qui se barrent en malabar, et dites-moi si cet unique symptôme ne vous a pas donné envie de mordre des fantômes.

Et que les hommes ne viennent pas prétendre qu’ils pourraient stoïquement l’endurer. On ne vous voit pas pleurer, certes, mais qu’est-ce que vous savez vous plaindre !

Le deuxième trimestre n’est pas si reposant que ça

On nous dit aussi que le deuxième est le plus facile. MENSONGE ! C’est le moins difficile.

Bye bye les nausées : bienvenue les aigreurs d’estomac ! C’est le moment de dormir sur le dos, torse relevé pour éviter les remontées acides, pieds relevés pour éviter de gonfler (notre volume sanguin augmente de 15 %), dos relevé pour éviter le poids du bébé… Enfin, ça, c’est quand votre vessie vous laisse dormir tout court.

Petit avantage, cependant : comme le centre de gravité se déplace vers l’avant, il est plus facile de monter les côtes ! Mais comme vous êtes enceinte et que bébé comprime vos poumons, vous serez tout de même essoufflée…

Dysphorie passagère, mais bien réelle

Alors que le ventre s’arrondit s’installe une période de dysphorie aiguë. Parce qu’il ne s’arrondit pas immédiatement : au début, notre corps se déforme plutôt comme lors d’une deuxième adolescence. Une adolescence en deux mois… dire qu’on avait déjà eu du mal à supporter des changements sur une dizaine d’années, vous imaginez le choc ? Je me sentais difforme, monstrueuse, et je me dissimulais sous des vêtements aussi informes que mon corps. En regardant le miroir, j’avais envie de pleurer.

Heureusement, lorsque le ventre acquiert enfin la rondeur typique de la grossesse, il est plus facile de s’accepter.

Envie de viande

On ne mange pas pour deux, mais on a FAIM. Une faim dévorante, qui me faisait lorgner mes chiens en me demandant à quel point il serait difficile de mordre dedans malgré leurs poils. Une faim qui m’a fait émettre l’hypothèse, loufoque, certes, mais humaine, que les hommes auraient appris à chasser pour ne pas se faire cannibaliser par leur mère. Et qu’ils ont probablement éradiqué les mammouths à cause de nous.

Cependant, je ne me souviens pas « d’envies » particulièrement étranges. Pas de fraises en hiver, mais un besoin de viande rouge pour combattre l’anémie. Plutôt envie de salé, et rien d’extravagant tant que je mangeais équilibré. En somme, mon corps souhaitait simplement combler ses besoins.

Ironie du sort, le bébé appuie sur l’estomac et ne permet plus de manger tant que ça. Du coup, on mange souvent, mais en petites quantités.

Protip : bien que je n’ai pas ressenti de manque fulgurant concernant les plats que je ne pouvais pas manger pour protéger ma petite d’effets indésirables, j’ai très mal pris que certaines personnes dévorent devant moi lesdits plats, alors qu’elles auraient pu en choisir d’autres. Manque de tact flagrant qui, à la préhistoire, leur aurait valu de finir dans la marmite. Alors, évitez ça.

Un poignard dans les poumons

Plus bébé prend de la place, moins on arrive à manger et, plus ennuyeux encore, à respirer. Pire : pendant des semaines, j’ai ressenti une douleur aiguë sous les côtes, due à la pression exercée dessus. J’en avais les larmes aux yeux. Au passage, les côtes s’écartent pour accueillir les organes que le petit déplace durant la grossesse. Métal, non ?

Protip n° 2 : proposer un remède homéopathique aux coups de poignard qui cisaillent les poumons d’une femme enceinte lui donnera automatiquement des envies de meurtres. Même (ou surtout) si vous êtes médecin. Ce n’est pas un bonbon au sucre qui va réduire la pression du placenta sur ma cage thoracique. Alors, en gros, gardez pour vous les conseils stupides.

Le troisième trimestre donne envie de sortir le tire-bouchon

Les dernières semaines, sans être les pires, sont extrêmement inconfortables. Non seulement il devient impossible de se reposer, mais se déplacer devient éprouvant. Le bébé semble grossir de manière exponentielle : j’en arrivais à penser que je resterais enceinte à vie, continuant d’enfler à jamais.

L’accouchement : plus facile que la grossesse

Alors que c’est peu fréquent, j’ai perdu les eaux. Rien d’aussi impressionnant que dans les films : j’étais assise devant ma machine à coudre, et j’ai senti un liquide chaud apparaître sous moi comme par magie. Deux changements de vêtements plus tard, j’ai informé ma femme que notre petite allait enfin débarquer, et nous sommes allées à l’hôpital.

Nous avons marché deux heures dans le complexe hospitalier, le temps que le travail s’amorce. Marcher rendait les contractions supportables. Plus douloureuses que durant mes règles, mais moins que ce que je craignais. Si je n’avais pas fait de l’hypercinésie, je pense que j’aurais pu supporter une grande partie du travail sans péridurale. Il faut dire que, j’avais précédemment demandé à ma chère et tendre d’aller me chercher tout ce qui pourrait déclencher l’accouchement : dattes, épices, tisane à la fleur de framboisier… Du coup, mon corps s’est emballé, et j’ai eu des contractions si rapprochées que je ne pouvais pratiquement plus respirer. La moyenne de temps d’un premier travail étant de douze heures, je ne me sentais pas tenir le coup. J’ai donc eu droit à une perfusion pour ralentir les contractions, puis à une perfusion pour les accélérer (…).

Les vingt-deux heures de travail, une fois la péridurale installée, se sont passées comme en rêve. Je ne me souviens pas d’avoir eu moins mal de ma vie que sous péridurale. Je flottais sur un nuage, sans douleur pour la première fois depuis des années… Puis j’ai accouché en dix minutes. J’ai sorti la petite, on me l’a posée sur le ventre, et je me suis dit… je peux enfin respirer. Je ne suis plus enceinte. Mon soulagement, à cet instant, était complet.

Bon, et j’avais un bébé.

Bébé sorti… c’est pas fini !

Je parlerai peu de l’allaitement, parce qu’il s’est passé pour moi le plus facilement du monde : ma sage-femme m’avait appris la bonne position pour donner, bébé a rapidement compris comment faire, avait la force de se nourrir, aucun frein de langue, et j’avais largement assez de colostrum puis de lait. Malgré quelques douleurs ordinaires, cela fait sept mois qu’il se déroule à merveille.

La fatigue post-partum m’a semblé moins dantesque qu’annoncée. Sans doute parce que, grâce à l’allaitement et le fait de dormir avec ma fille en peau à peau (source d’ocytocine), je m’effondrais dans un sommeil profond et me réveillais plutôt reposée pour la tétée suivante. Je suis aussi restée cinq jours à l’hôpital pour raisons médicales, et j’ai passé le plus clair de mon temps à dormir et à m’occuper de ma fille.

C’est tout cassé là-dedans

Je suis désormais partisane du mois d’or chinois, qui implique de laisser une mère se reposer* un mois complet après son accouchement (*c’est donc aux autres de s’occuper des tâches ménagères, hein). L’allaitement demande déjà beaucoup de temps, puisque bébé mange toutes les trois à quatre heures, nuit comprise. C’est en outre le moment pour la mère de découvrir son bébé et de former un lien avec. Parce que oui, ce n’est pas automatique. Vous appréciez immédiatement toutes les personnes que vous venez de rencontrer, vous ?

Notre corps est aussi en état de choc, parfois déchiré, toujours éprouvé. Les organes doivent se remettre en place, ce qui est accompagné de douleurs (les tranchées), et nous devons nous habituer à ce nouveau corps, qui ne sera pas le même qu’avant la grossesse. En effet, les organes ne retrouvent pas exactement la même place au garage…

Les premiers jours, j’ai même éprouvé des difficultés à marcher, alors qu’à la fin du mois, je pouvais me déplacer raisonnablement. Passé ce laps de temps, j’ai pu m’attaquer à la rééducation du périnée pour éviter, entre autres, une descente d’organes. Rien que le terme me fait frémir de terreur…

La péridurale laisse des séquelles, qui pour moi n’ont heureusement duré que quelques mois. Il s’agissait de douleurs aiguës là où elle a été insérée, qui me bloquaient parfois lorsque je voulais me redresser.

Les points de suture dus à ma déchirure hémorragique ne m’ont, étonnamment, pas dérangée du tout. Aucune douleur, même en m’asseyant, pas de véritable irritation… Juste l’angoisse d’arracher un fil. Et ensuite, le tiraillement de la cicatrice.

Comme je suis déjà sous antidépresseurs et que ma femme me soutient à 2000%, la dépression post-partum ne m’a pas touchée. Cependant, notre état physique étant alors désastreux, le manque de sommeil écrasant et le bouleversement de notre vie incommensurable, il est tout à fait normal qu’une mère se sente déprimée. Voir inévitable, si elle accouche dans des conditions particulièrement anxiogènes.

Autres petites séquelles :

  • La perte de cheveux, impressionnante dans les mois qui suivent. J’en ai presque développé une calvitie masculine, avec deux lobes de chaque côté de la raie au milieu… Maintenant, j’ai des frisettes là où ça repousse !
  • La disparition de l’hyperpigmentation et de la ligne noire apparue durant la grossesse. Je l’aimais bien, moi !
  • L’apparition de vergetures sur le ventre — évidemment, vu ce qu’il a enduré.

Instinct maternel… ou retour sur investissement ?

Je crois qu’on parle d’instinct maternel en pensant, à tort, qu’il s’agit d’un amour des enfants et d’un désir de protection que toutes les femmes posséderaient. Dans mon expérience, l’instinct maternel est plutôt ce désir qu’une mère a que le fruit de ses détruites entrailles ne canne pas après tout ce qu’elle a enduré pour le mettre au monde. Parce que, et soyons honnête… on n’a pas fait tout ça pour rien ! Alors il n’a pas intérêt à décéder, le petit, parce qu’on en a bavé pour le concevoir, et que le coût irrécupérable de nos efforts nous pousse à nous en assurer.

Conclusion

Je suis ravie d’avoir ma fille. Je l’aime comme jamais, et malgré les contraintes qu’avoir un enfant exige, je ne regrette pas d’avoir été enceinte pour la rencontrer. Faire cet enfant était la meilleure décision de ma vie, et je découvre avec elle la sensation du bonheur.

Pourtant, et malgré cette grossesse presque idéale, je considère désormais que forcer quelqu’un à porter un enfant devrait être considéré comme un crime contre l’humanité, et que le droit à l’avortement devrait rejoindre définitivement la Déclaration des droits de l’être humain.

Si vous ne voulez pas d’enfant, ou n’êtes pas certaine d’en vouloir… ne faites pas d’enfant. Le coût est extrêmement élevé, à la fois physiquement, mentalement, et socialement. C’est un véritable sacrifice de soi, qui ne doit pas être effectué parce que d’autres le font ou l’ont fait. La grossesse vous dévore, change irrémédiablement votre corps et votre esprit. Ne prenez pas cette décision à la légère. Car, si la grossesse n’est pas une maladie… c’est, pour beaucoup, une véritable torture.

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